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28.10.2009

Réalisme socialiste comme si vous étiez

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Vous vous souvenez, dans vos livres d’histoire-géo à l’école, les portraits de Lénine devant des drapeaux rouges, les fermiers et fermières robustes qui travaillent durement en souriant, les enfants convaincus qui regardent tous dans la même direction avec un air de joie pleine d’espoirs ? C’est ce qu’on appelle des images de propagande, le "Proletkult". Cette sorte de peintures ou sculptures est bien difficile à trouver autre part que dans des manuels scolaires, bien enveloppée dans un discours didactique précautionneux, justifiée par un contexte historique qui décortique le contenu de l’image en symboles politiques (même s'il reste encore quelques magnifiques sculptures communistes en plein coeur de Berlin ! Je pense au buste gigantesque de Ernst Thälmann dans Prenzlauer Berg).

A part quelques campagnes de pub très douteuses comme la série d’affiches pour le marché de Rungis en juin-juillet 2007 avec pour slogan : « Ils se battent pour la qualité, sur tous les fronts » (bienvenue dans la France de ceux qui se lèvent tôt…), ce genre d’imagerie est plutôt reléguée dans les caves des musées qui n’osent plus les sortir. Et pourquoi ça ?rungisaffiche2.jpg
Parce qu’il existe une conception tacite, un sentiment spontané qui voudrait que le musée soit un temple dans lequel chaque œuvre exposée est reconnue comme « valable » artistiquement. C’est de l’art, puisque c’est au musée. Le musée n’est donc plus un lieu d’échanges, de discussions ou de découverte de champs de réflexion, mais une sorte de frigo où tout art exposé est automatiquement congelé pour l’éternité avec son statut figé de « chef d’oeuvre ».
Difficile dans ces conditions d’exposer les archives historiques des artistes du IIIè Reich, du Réalisme socialiste ou du régime de Vichy.

Pas étonnant donc que l’exposition suivante, « Hinter dem Eisernen Vorhang » (Derrière le Rideau de Fer), soit présentée dans une salle des ventes, chez Jeschke – Van Vliet, une maison de ventes aux enchères, jusqu’au 30 novembre (suivie d’une mise aux enchères de 140 toiles le 6 novembre).

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Quoique la présentation soit un peu anarchique (pas d’ordre chronologique, pas de classement par thèmes ou par pays, pas de cartel avec nom de l’artiste et date de l’oeuvre), c’est l’occasion d’une plongée dans un univers presque irréel. Les images, de 1930 à 1980, sont tellement proches de l’idée classique et stéréotypée que l’ont se fait du Réalisme socialiste, qu’on croirait une mise en scène théâtrale. Lénine écoute du piano, Lénine parle aux jeunes soldats, Lénine s’occupent d’enfants dans la neige ou fait un discours… De jeunes femmes en robes à fleurs travaillent durement sur des chantiers de construction en riant entre elles, un enfant regarde le ciel zébré du passage d’avions en signe d’un futur technologique performant, de jeunes soldats bien bâtis défendent le peuple avec courage. Bild_352_small.jpgLa somme des images et des détails est telle que la visite s’avère fatigante, mais néanmoins totalement passionnante. Les projections idéalisées des paysans lisant le journal en groupe dans des campagnes idylliques remplies de moissonneuses-batteuses géantes nous transportent tout simplement dans un discours complètement maîtrisé, répétitif et simplifié pour être facilement lisible. On y voit tout de même la déclinaison des différents styles de représentation, qui, s’ils sont tous dans la figuration pure, diffèrent par de subtils traitements de la touche, plus ou moins vibrants, coloristes ou géométrisés. Les peintures proviennent de Russie, d’Ukraine, de Pologne ou encore de Roumanie et ont été restaurées par un institut de recherche artistique milanais, leur redonnant ainsi une exceptionnelle fraicheur.Bild_110_small.jpg
Le mérite de l’exposition est de faire confiance en la qualité de jugement du spectateur, capable d’observer avec plaisir et intérêt une peinture dirigée au contenu politique, sans lui infliger de longs textes explicatifs ou une présentation scolaire rébarbative. Rappelons qu'il ne s'agit pas d'une expo muséale, mais d'une simple exposition avant une vente. C'était peut-être ça la solution au dilemme cornélien des images d'archives propagandistes : les objéifier !

A découvrir donc jusqu’au 30 novembre, entrée gratuite, Schützenstrasse 39, Berlin.

Copyright :

- Pribluda Lyobov Tsalevna, Lenin in Oktober, 1973
© Pribluda Lyobov Tsalevna, Courtesy of private collection
- Danilenko Tamara Georgievna, Pioneers in Artek, 1970's
© Danilenko Tamara Georgievna, Courtesy of private collection
- Stanevich Vladimir Alekseevich, Unter dem Friedenshimmel (sous le ciel de la paix), 1978
© Stanevich Vladimir Alekseevich, Privatbesitz
- Konstantinopolski Adolf Mikhailovich (Markovich), Revolutionär, 1968
© Konstantinopolski Adolf Mikhailovich (Markovich), Courtasy of private collection

PS: j'ai pas pu résister. Voilà une photo (provenant de ce site) du mémorial à Ernst Thälmann, Greifswalder Strasse, Berlin (Prenzlauer Berg).

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12:15 Publié dans Expo | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, berlin

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