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02.05.2009
1er mai : Krawall et musique techno
Hier, c'était le 1er mai à Berlin. Oui je sais, le 1er mai c'est partout en même temps. Mais à Berlin, c'est pas pareil. J'ai rencontré une allemande dans la manif' qui déménage dans 4 mois pour Londres où elle a trouvé un job de géologue, et qui me dit : "Ah non vraiment, je suis super triste, c'est mon dernier 1er mai." Entendez : c'est mon dernier 1er mai berlinois...
Permettez-moi de vous faire les présentations : le 1er mai en Allemagne est férié, comme en France, et est une fête du travail, tout pareil. Les gens descendent dans la rue pour manifester derrière les syndicats, les associations etc. Jusque là rien d'anormal. Tout comme en France, l'extrême droite a investi ce jour pour en faire un symbole, et là où les Lepenistes se réunissent à Paris devant la statue de Jeanne d'Arc près du Louvre, les Allemands du NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands, parti d'extrême droite) notamment, ne sont pas en reste. Mais ici, quand on parle d'extrême droite, tout prend tout de suite des proportions différentes : les fascistes, les néo-nazis, le mot est lâché sans complexe avec beaucoup de violence autour. Petit à petit, le 1er mai est donc devenu LE symbole de la résistance au fascisme, et donc, LE jour des punks, des radicaux de gauches et des anarchistes anti-capitalistes. Les slogans "Antifascista" et "Nazis Raus !" (les nazis dehors) fleurissent partout sur les murs et les T-shirts, noirs, de préférence.
L'année dernière, j'avais bien vu le 1er mai depuis mon quartier, Prenzlauer Berg : dans Mauerpark, il y avait bien plein de punks et de manifestants anti-capitalistes, mais c'était plutôt bon enfant. Il se trouve que je vis avec un militant d'extrême gauche, mon coloc, Christoph, qui me raconte toujours pleins d'histoires d'émeutes et de protestations contre le G8 ou de free party punks. Alors il s'est dit que cette année, je devais faire mon baptème de "Krawall" (la baston, la bagarre). Et voilà comment je me suis retrouvée carrément en première ligne face à une armée de policiers en combi robocop dans un nuage de fumée lacrymogène. "Cours et ne lâche pas ma main !" résume à peu près nos échanges entre 19h et 22h hier soir. Déjà quand on a quitté l'appart hier vers 12h pour aller sur Unter der Linden, il m'a fait mettre des baskettes à la place des tongs que j'avais innocemment chaussées, pensant profiter du beau soleil. "Tu te rends pas encore bien compte je crois" qu'il me lance.
La première partie de la journée se passe très bien, dans la bonne humeur et le calme, entre slogans anti-mondialisation et participants souriants plein de couleurs et de pancartes marrantes, au rythme d'une très forte musique électro (tout se fait au son de l'électro à Berlin). En fait, c'est plutôt l'atmosphère d'une techno-parade que d'une véritable manifestation. Je remarque surprise qu'il y a très peu de policiers sur le parcours. Ils sont bien cachés et assez détendus. Ils n'ont pas encore l'air d'avoir revêtu une véritable armure de 30 kilos, ils sont têtes nues et parlent entre eux, tranquillement. On marche pendant plusieurs heures dans toute la ville, direction Kreuzberg. Il y a des familles avec de très jeunes enfants. Devant le ministère des Finances, premier coup d'éclat : des manifestants ont balancé des bombes de peinture sur la façade. Le résultat est plutôt sympathique si on prend en compte l'apparence triste et grise de ce bâtiment communiste : de petites tâches colorées agayent désormais ses formes géométriques minimalistes. Arrivé à Moritzplatz, le cortège s'arrête pour ne plus repartir. Sur la pelouse, les participants entâment une fête électro sympathique. Les pancartes sont posées au sol. Pas un flic en vue. Christoph et ses amis, étrangement moins colorés que le reste de la foule, moins détendus, m'invitent (me forcent ?) à la vraie manifestation à quelques rues de là : "Es geht richtig los" (maintenant on y est). Coup de bol, je porte un pull noir à capuche. "Met ta capuche sur la tête." "Mais il fait chaud !" "Fais ce que je te dis..." Soudain, sans que je me sois rendue compte de rien, je suis au milieu d'une foule immense de jeunes tous habillés en noir et de punks, visages couverts de bandeaus et lunettes de soleil : de parfaits militants anonymes. Il faut savoir qu'à l'image de la proposition faite en France d'interdire le port des capuches dans les manifs (j'ai entendu parlé d'un truc dans ce genre), les masques sont déjà interdits en Allemagne pour les manifestants. Interdiction...non respectée bien-sûr. Voilà la fameuse manif anti-nazie du 1er mai, la vraie qui finit toujours mal, comme une tradition festive obligée et attendue. Le plus étonnant, c'est l'omniprésence des appareils photos et des caméras : les manifestants shootent à tout va, les journalistes avec leurs casques marqués d'un gros "PRESSE" ainsi que les policiers, très différents de ceux que j'avais vu avant. En noir ou en vert, énormes sous leurs armures et leurs casques, avec des numéros inscrits à l'arrière de la tête. Info importante : "Méfie-toi des 22 et 23, ce sont les plus agressifs". Bon à savoir. Chaque mouvement, chaque cri est filmé par la police. Dans chaque groupe de l'équivalent des CRS, au milieu de la foule, qui avance en formation ronde pour voir de tous les côtés, il y en a toujours un avec une caméra numérique, petite et légère au bout d'un grand baton pour pouvoir la porter au-dessus des têtes et filmer loin. Même si on n'a rien à se reprocher, ça ne fait pas vraiment plaisir d'être filmé. Alors on s'enfonce encore un peu plus dans sa capuche, comme un réflexe. Sur les toits, quelques silhouettes sombres se dessinent sur le ciel qui s'assombrit lentement : des tireurs embusqués ? Non, des caméramen de la police qui n'en perdent pas une miette.
Et puis ça commence : la manif s'arrête, la bagarre commence. Ca court dans tous les sens, les bouteilles de bière volent dans le ciel et les yeux piquent : les lacrymo sont lâchées. Je tousse d'un seul coup très fort, et en moins d'une minute, au moins cinq types masqués se jettent sur moi pour me proposer de l'eau, du coca, des mouchoirs. "Hey ! Ici apporte de l'eau la demoiselle a pris du jus !" Solidarité hyper efficace je dois dire, je suis surprise. Christoph et Markus veulent absolument aller devant : c'est un jeu. Un coup en avant, un coup en arrière, j'entends des rires autour de moi. Les gens sont contents. Et je me rends compte que je ne me sens pas du tout en danger : autour de moi des familles avec des gamins !!! Mais que font-ils là ? En réalité, tout ça n'est qu'un théâtre, c'est impressionnant mais pas vraiment dangereux. Une fois que tu as pigé le sens de la foule, le mouvement, il est très facile de se coller dans un coin de rue et de regarder passivement les événements comme dans un film. On me donne quand même un numéro : "Si quelqu'un est pris par la police, tu appelles le 69 22222", un numéro d'urgence pour trouver un avocat. Ah, euh...ouais, d'accord je note. Une fois encore je me mets à courir : une ligne de policiers chargent, à moins de 10 mètres derrière mes fesses. A ce moment précis sonne mon téléphone. Pourquoi ai-je répondu ? Aucune idée ! "Pas maintenant ! C'est pas le moment, là ! J'te rappelle !" C'est exactement l'atmosphère, entre course-poursuite et sortie entre potes.
Aujourd'hui, les infos rapportent des événements extrêmement violents, des confrontations brutales et de nombreuses agressions pendant cette soirée du 1er mai 2009, une des plus violentes depuis plusieurs années. Honnêtement, j'ai beaucoup de mal à y croire. Tout ça m'a semblé très bien rôdé des deux côtés, police et manifestants, et relativement sous contrôle. Comme le dit mon coloc, c'est plus une tradition qu'une véritable action. Il a trouvé ça un peu chiant lui...et très gentil.
Voici quelques photos du Spiegel Online : remarquez la présence de nombreuses femmes parmis les membres de la police en première ligne ! Ce n'est pas le cas parmis les CRS...
Toutes les photos Spiegel Online
13:05 Publié dans Berlin | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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