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30.04.2009
2009, année historique
Ce qui est frappant quand on se balade dans les rues de Berlin, c'est la présence de l'histoire, visible non seulement par l'impressionnante collection de musées et de mémoriaux, mais aussi dans la forme même de la ville et de son tracé. Si le mur a bien disparu aujourd'hui (il en reste quelques portions conservées en guise de souvenir), il reste visible par une ligne au sol dans certains quartiers, et vous le traversez deux ou trois fois par jour, pour aller acheter votre pain (oups pardon, réflexe français, plutôt pour aller donner vos bouteilles vides à la consigne) ou en allant bosser. Moi d'ailleurs j'habite dans un quartier frontière, alors deux coups de pédales et hop, je traverse l'ancienne frontière inter-allemande.
Berlin accumule les strates historiques traumatisantes : non seulement c'était la capitale du IIIè Reich, mais en plus la ville à souffert d'une quadripartition devenue bipolarisation pendant plus de 30 ans. Il n'est pas rare de croiser sur les trottoirs les fameux petits carrés de laiton sur lesquels on peut lire un nom, un lieu de naissance, un lieu et une date de mort : ce sont les "Stolpersteine" (pierres à trébucher), qui rappellent le destin de victimes du nazisme, connues ou inconnues. Pour 100 €, vous pouvez en commander un pour le faire poser devant la dernière demeure d'un déporté. En fait, il s'agit du plus grand monument décentralisé au monde (initié en 1996 par l'artiste berlinois Gunter Demmig) avec pas moins de 17 000 pièces dans 402 lieux en Allemagne (signalons
au passage que seule Munich refuse d'en faire installer dans sa ville sous prétexte que piétiner les pierres incrustées dans les trottoirs pourraient profaner la mémoire des victimes...mouais). Bref, sans même mettre un pied dans un musée ou un lieu touristique, les trottoirs, les rues, tout vous rappelle qu'ici se déroulèrent des événements à peine concevables...
Mais cette année, c'est 2009 ! Et si ça vous avait échappé, 2009 c'est Jubilé ! Impossible de ne pas l'avoir remarqué : 2009, c'est l'anniversaire des 20 ans de la Chute du Mur ainsi que l'anniversaire des 60 ans de la République Fédérale d'Allemagne. Alors attachez vos ceintures, parce que si vous pensiez faire un tour dans le coin cet été, vous allez en bouffer ! Et comme je suis toujours de bons conseils (si ça m'arrive), je vous ai déniché deux expositions qui bien-sûr se tirent la bourre et s'opposent avec des ouvertures simultanées et des thématiques voisines mais concurrentes.
La première a lieu au Martin Gropius Bau jusqu'au 14 juin seulement. "60 Jahre, 60 Werke. Kunst aus der Bundesrepublik Deutschland von '49 bis '09" (60 ans, 60 oeuvres. Art de la République fédérale d'Allemagne de 49 à 09). L'idée, réalisée en un temps record de 4 mois, s'appuie sur un concept simple et purement subjectif : 60 artistes allemands choisis pour représenter chacun une année depuis la création de la République fédérale (à l'Ouest, important de le préciser) après la chute du IIIè Reich. Une oeuvre présente le point d'orgue de la création contemporaine de chaque année. Je ferai vite : le choix des oeuvres est tout simplement époustoufflant ! C'est pour cette raison que l'expo ne dure que si peu de temps : les organisateurs ont réussi à se faire prêter les chefs d'oeuvres des plus grandes collections allemandes (Hannovre, Thubingen, Cologne, Bonn...) qui bien-sûr ne tiennent pas à s'en voir privées trop longtemps, comme on les comprend ! L'idée est définie sur le paragraphe 5 de la constitution, alinéa 3, qui garantit la liberté de l'art, de la science, de la recherche et de l'enseignement. Malheureusement, le vieux débat Est-Ouest ressurgit aussitôt : les détracteurs de l'expo lui opposent immédiatement que l'art en RDA n'est pas, n'a jamais été, et ne doit pas être considéré uniquement comme un asservissement propagandiste au pouvoir en place. D'ailleurs des artistes comme Wolfgang Mattheuer (éminent représentant de l'Ecole de Leipzig, donc l'Est, n'est incorporé dans l'expo qu'à partir de...1993, tandis que A.R. Penck, célèbre artiste opposant au régime ayant dû fuir à l'Ouest, représente...1979. CQFD). En effet, la République fédérale d'Allemagne est aujourd'hui le régime de TOUTE l'Allemagne, l'Est ayant appliqué le modèle de sa soeur de l'Ouest après 1989. Bref, c'est compliqué, un peu tiré par les cheveux et encore une fois, hyper subjectif. Comme la mise en scène, complexe et érudite, qui ne respecte pas le postulat de départ, une année, un artiste, une oeuvre présentés chronologiquement. Mieux vaut avoir écrit un master d'art contemporain sur l'art allemand du XXè siècle pour s'y retrouver. C'est bien ce que je reproche à cette expo qui se veut une célébration grand public sans vraiment y parvenir.
La seconde est à voir à la Deutsche Kinemathek, Museum für Film und Fernsehen (cinémathèque, musée du film et de la TV) jusqu'au 9 novembre 2009 (date hautement symbolique puisque c'est le jour de l'ouverture du Mur et de beaucoup d'autres événements dans l'histoire de l'Allemagne). "Wir waren so frei...Momentaufnahmen 1989/90" (Nous étions tellement libres...moments, prises de vue 1989/90) est un formidable assemblage d'archives vidéos et photos sur la période décisive des événements de 89. Une superbe plongée dans l'histoire qui vous tirera une petite larme en voyant les Allemands de l'Est en liesse pleurant ou sautant de joie en traversant Check Point Charlie ou en gravissant le Mur à la Porte de Brandebourg. L'exposition est aussi l'occasion de la constitution d'une base internet accessible gratuitement sur le site de l'expo ici avec une collection d'archives privées (!), photos de familles, de vacances et témoignages d'anonymes qui ont voulu fixer dans l'histoire ce qu'ils ont perçu comme une extraordinaire révolution. Le titre laisse percevoir toute l'ambiguïté de la chute du régime communiste de la RDA, la croyance forcenée et un peu utopiste en des lendemains meilleurs, quand on sait qu'au contraire l'ouverture au capitalisme a signifié pour une énorme et malheureuse majorité l'effondrement de leur niveau de vie et la perte de leurs emplois. "Nous étions [donc] tellement libres"... J'aurais une simple réserve quant à cette expo : aucune photo n'étant originale et l'intégralité de son contenu se trouvant en accés libre sur la base de données, je ne suis pas convaincue du bien fondé d'un show dans un musée. Si, ça fait une ballade.
Cliquez sur les liens et les images.
Images : revirement.de, taz.de et fos-coburg.de
19:27 Publié dans Expo | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, expo, art, berlin, mur, jubilée

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