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04.12.2008
Normand Rital ?
Parce que j’adore me moquer des Allemands, parce qu’ils m’amusent et m’exaspèrent avec leurs habitudes précises et leur sens de la logique, parce que plus je vis ici et plus je me sens italienne (légère influence de ma nouvelle coloc italienne qui nous a fait des pâtes carbonara sans crème (!) mais avec une tonne de fromage), voici un post qui leur est entièrement dédié.
Les arts de la table : connaissent pas ! Manger revient à se nourrir, et même si j’exagère un poil, c’est fascinant de voir la différence ! Hier soir donc, menu rital directement importé de l’extrême sud de l’Italie par les bons soins d’Anna. Les deux gonzesses, nous, on s’est bâfré nos plâtrées jusqu’à la dernière Linguine (s’il vous plaît, je vous ai dit qu’Anna est une vraie Italienne, ELLE ne cuisine pas des Spaguetti, non mais !) et après s’être envoyé la bouteille de vin rouge quasiment à nous deux, on s’en est remis une couche de fromage italien, un Caciocavallo, et même deux trois morceaux de saucisson de Bari…pendant que Robert, originaire de Magdeburg (Sachsen-Anhalt) s’effondrait assailli par le contre-coup de son estomac à la moitié de son assiette. Mais je croyais que les hommes mangeaient plus que les nénettes ? Son explication : « Bah j’ai plus faim… » Rhaaa, mais ça n’a rien à voir avec la faim voyons ! Quel manque de subtilité quand même ! Nous aussi on était satt, mais on fait honneur à la table…et sans se forcer.
La culture café : des cafés à Berlin, comme partout en Allemagne, y’en a plein, c’est pas le problème. Mais à chaque fois que j’ai envie d’aller lire un journal devant un expresso le matin avant de commencer la journée, je me cogne le nez contre des portes fermées, désespérément cadenassées jusqu’à environ 11h ou midi. Bah oui, franchement, qui va boire son café du matin au comptoir du bar en bas de son immeuble ? Bah, les Français, à qui ça manque parfois cruellement. Pour un Allemand, entrer dans un café signifie obligatoirement 1) être avec une tripotée de potes, 2) avoir fini sa journée de boulot et n’avoir plus rien à penser, 3) y rester minimum trois heures confortablement assis sur des fauteuils rembourrés ou des canapés dans une ambiance relax. L’expresso vite fait entre deux ou ingurgité en moins de 10 minutes le matin avant de sauter dans le métro, existe pas ! C’est d’ailleurs après un certain temps et un petit peu d’expérience que j’ai compris pourquoi c’était si long d’être servi dans les cafés allemands : « ça va on n’est pas aux pièces ! » qu’ils te diraient. Si tu entres dans un café, c’est bien que tu veux t’y poser un moment, non ? Ah excusez-moi, je croyais que dans « expresso » y’avait l’idée de rapide, mais j’ai dû mal comprendre. Alors le coup du café moins cher quand tu es debout au bar que quand tu t’asseois en salle, non seulement ça leur fait faire les yeux ronds, mais en plus ils n’arrivent pas à percevoir l’intérêt : « Complètement cons les Parisiens ! Jamais je paierai si je suis pas confortablement assis » qu’on m’a répondu. Et pourtant, c’est tout le paradoxe incompréhensible du truc, c’est qu’ils sont fans de « Café to go », à l’américaine, le truc que je déteste par dessus tout ! Ils achètent dans les boulangeries une tasse en carton de café filtre (pas bon), genre Starbuck Café, qu’ils avalent dans le métro, en marchant dans la rue, dans le tram, et même en faisant les courses ! Non alors là vraiment, on n’est pas fait pareil : moi si je bois, même très vite et debout au comptoir, je ne fais que ça, je savoure, je suis concentrée sur mon café, non mais un peu de respect ! D’ailleurs c’est une chose frappante quand on débarque en Allemagne (et tous ceux qui ont eu le courage de venir me rendre visite en ont témoigné) : les Allemands sont toujours en train de manger ou boire quelque chose dans la rue, en marchant, partout, tout le temps. Le samedi soir, c’est le choc : une personne sur deux à une bouteille de bière ouverte et entamée dans la main, à l’extérieur, dans la rue. C’est normal. Imaginez-vous avec votre Kro sur la Ligne 4 entre Châtelet et Montparnasse : bonjour l’affiche vieil alcoolo…
L’esprit pratique : une obsession de la logique. Non, les Allemands n’ont rien de militaire, de rigoureux ou d’autoritaire. Ils ont le sens pratique ! « Mais pourquoi tu roules en dehors de la piste cyclable puisqu’elle est là, elle est faite exprès pour ça, enfin merde, t’aimes te compliquer la vie ou quoi ? » euh…je l’avais pas vue et en fait je m’intéresse plus au paysage qu’à la piste cyclable, mais pardon hein…Ce n’est pas rare de s’entendre dire dans la rue sur un ton fort déplaisant : « Fußweg ! » (chemin pour piétons) lorsque vous roulez sur le trottoir (même s’il fait 4 mètres de large) ou l’inverse « Fahrradweg, grrrrrrr ! » (pour les vélos) quand vous êtes à pieds sur une piste cyclable. Tout le monde dans sa zone et les cochons seront bien gardés. Ou mieux encore : une fois que je m’approchais en vélo d’un piéton qui visiblement ne m’avait pas vue, et alors que je ralentissais prudemment, je me suis faite remarquer par l’intéressé que j’aurais pu le klaxonner, c’était la moindre des choses ! C’est marrant à Paris, on m’aurait traitée de « connasse » je crois si j’avais klaxonné…J’ai eu le malheur de servir un café dans un verre une fois, et mon invité s’est levé discrètement avec un air embarrassé pour chercher un mug, une tasse à café quoi, afin de transvaser le liquide, parce que non, un verre c’est pas fait pour ça, c’est pas « pratique ». Et je ne vous raconte pas l’effroi que je provoque lorsque je mets les deux anses de ma besace africaine sur mes épaules (alors que c’est pas fait pour être porté comme ça) pour faire du vélo : « Mais enfin t’as pas assez d’argent pour t’acheter un sac à dos, un vrai ? » C’est bon, je sais ce que je vais avoir pour Noël…
Ceci-dit, c’est en me moquant que je découvre mes propres tares, et notamment mon manque rigoureux d’organisation comme un défi lancé à la logique même. Y’a pas plus branché à Berlin en ce moment que de combattre sa nature profonde d’Allemand et d’avoir l’air de se moquer de tout comme les Français. Ils n’ont pas pigé qu’on est seulement beaucoup plus fainéants et bien moins courageux au quotidien pour les détails qui au fond, finissent moi par me ravirent.
12:11 Publié dans Berlin | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Je suis morte de rire ! Du début à la fin !
Il y a longtemps que je ne suis pas allée en Allemagne mais il y a comme des souvenirs qui reviennent ! Et c'est vrai que les français sont pour des tas de raisons qui n'ont rien à voir avec la logique (mais beaucoup plus souvent avec l'esthétique) un peu bordéliques ! En tout cas, les pates italiennes à la carbo sans crème mais avec du vin, je prends !
Ecrit par : Marie | 05.12.2008
Répondre à ce commentaireOn verse les pâtes encore très chaudes dans du lait et des oeufs. Le tout cuit encore un peu, le fromage vient rendre le mélange lait-oeuf encore plus crémeux, je confirme!!!
Et les Bolognaises de Bologne se font presque sans tomates, mais avec des carottes, du céleri, du vin et du boeuf en morceau, pas haché! si si, je vous jure!
Ecrit par : jonathan | 06.12.2008
Répondre à ce commentaireHmmm...les conseils cuisine de Jonathan, on en redemande !
Ecrit par : LN | 08.12.2008
Répondre à ce commentaireje vais tout de suite tester la recette
Ecrit par : watrin | 22.12.2008
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